Les financements liés aux changements climatiques en Afrique

Publié le 17 février 2021

Compte rendu de la conférence sur les «financements liés aux changements climatiques en Afrique» du 17 Février 2021 de 14 heures à 15 heures.

Sabine Ndzengue Amoa, Présidente de l’association ASPROBIO AGM, juriste spécialisée en droit de l’environnement entre autres, membre de la CMDE (Commission mondiale du droit de l’environnement) de l’UICN a présenté une conférence dont le thème pourrait se résumer ainsi :

Face aux changements climatiques, l’Afrique souffre (cours d’eau secs, carcasses d’animaux, agriculture sans récolte).
Cela est très terrifiant. Les financements sont mis en oeuvre pour lui venir en aide (REDD+, protocole de Kyoto, Programme accélérateur de la grande muraille verte, PACCA …).


Sauf que les financements en place ou envisagés ne semblent pas être, par leur origine, leur nature ou leur gestion ; différents de l’aide au développement.

Nombreux pays africains sont depuis plus de 60 ans toujours en voie de développement…
Que penser si cela se reproduit avec le changement climatique ?

La conférencière a abordé plusieurs points :

  • Les financements en place ou envisagés ne semblent pas être, par leur origine, leur nature ou leur gestion, d’une nature différente de ce qu’a connu l’aide au développement;
  • Or les enjeux et les raisons d’agir sont différents et demanderaient des modalités différentes;
  • Des solutions nouvelles et radicales doivent dès lors être explorées.

Les financements en place ou envisagés ne semblent pas être, par leur origine, leur nature ou leur gestion, d’une nature différente de ce qu’a connu l’aide au développement

La conférencière a débuté par la présentation des mécanismes liés aux changements climatiques en Afrique.
Les mécanismes sont nombreux, on peut les classer en deux catégories :

  • Les mécanismes qui visent à aider les pays en développement à moins émettre de carbone :
    • Les mécanismes de développement propre
    • Le protocole de Kyoto
    • REDD ; REDD+ …
  • Les mécanismes qui visent à atténuer les conséquences du réchauffement climatique :
    • La grande muraille verte
    • PACCA- Programme d’adaptation aux changements climatiques en Afrique …

Comme l’aide au développement, les sommes allouées, les financements sont décidés de manière arbitraire dans des conférences et sommets
La gestion est faite dans certains cas par le biais des fonds fiduciaires.
(La fiducie est un contrat entre 3 parties : le cédant : celui qui crée les fonds et décide des conditions ; le bénéficiaire-Celui qui bénéficie/reçoit des fonds ; le fiduciaire-le gestionnaire des fonds qui administre en conformité avec les instructions reçues).
Les canaux de mise en œuvre vont passer par les États et que les mêmes causes produisant les mêmes effets, on peut s’attendre au pire.

Ni les enjeux ni les raisons d’agir ne sont les mêmes que dans le cas de l’aide au développement

La conférencière a expliqué que : les enjeux sont d’une toute autre magnitude. Il faut limiter les effets du changement climatique :

  • Atténuer le réchauffement climatique ; (les +2 degrés)
  • Atténuer la pluviométrie excédentaire

On ne peut pas comparer sortie de la pauvreté (qui est un objectif louable) et survie (qui est un objectif nécessaire).
Il faut donc plus d’argent et surtout que ce soit efficace
Par ailleurs, les raisons d’agir ne sont pas les mêmes, que l’on se situe sur les terrains moral ou juridique
Aide au développement : les pays riches étaient poussés par une morale de la charité ou de l’égalité, très respectable mais pas aussi énergique que ce qui devrait être à la base du financement de l’aide à l’adaptation du changement climatique.

Aide à l’adaptation au changement climatique:

  • Au plan moral, les pays développés doivent aider l’Afrique à survivre, c’est une exigence forte.
  • Au plan juridique, on sort totalement de la notion d’aide. Les gaz à effet de serre émis par l’Afrique sont dérisoires. Les pays européens, américains et asiatiques ont décidé de recourir aux énergies fossiles et ont provoqué la catastrophe. On sort donc juridiquement de la notion d’aide pour passer à la notion de « responsabilité ».
  • Les pays développés ont juridiquement l’obligation soit de protéger à 100% contre les conséquences ; soit d’indemniser à 100% les victimes africaines et ces victimes ne sont pas les États africains mais les populations.

Une approche radicalement nouvelle du financement de l’adaptation de l’Afrique au changement climatique s’impose !

Sabine Ndzengue Amoa a expliqué que : puisqu’il s’agit de responsabilité en vue d’empêcher un dommage ou de l’indemniser, les montants ne doivent pas être déterminés a priori par les pays riches mais reposer sur la mesure réelle des besoins. Il faudrait une organisation internationale neutre qui par enquête de terrain détermine année après année les dommages et les ressources nécessaires soit pour s’y adapter soit pour indemniser.

Sabine Ndzengue Amoa souligne que : les victimes ne sont pas les États africains mais les populations. Il faut donc trouver des sources de financement qui atteignent directement deux sortes de cibles :

  • Soit lorsqu’il s’agit de compenser un dommage, les individus eux-mêmes
  • Soit lorsqu’il s’agit de financer l’adaptation les entités (entreprises, associations, villages, collectivités etc.) qui vont réaliser les efforts d’adaptation.

Soit lorsqu’il s’agit de financer l’adaptation les entités (entreprises, associations, villages, collectivités etc.) qui vont réaliser les efforts d’adaptation.

Les États doivent négocier pour mettre en place un mécanisme. Mais ensuite, il faut une sorte de Cour (CIC- Cour Internationale pour le Climat) qui prenne les décisions ; fixe le montant des financements en toute objectivité.

Documentation utile :

  • Lefebvre Henri, Le Marxisme, Presses Universitaires de France, 18ème édition, 1978, 128P
  • Des financements innovants pour aider au développement, l’idée fait son chemin, par Bernard Kouchner et Christine Lagarde sur www.LeMonde.fr
  • Financer l’adaptation aux changements climatiques sur www.ecopacteurs.com
  • Les financements innovants pour le climat sur www.LeMonde.fr
  • Neuvième Forum pour le développement de l’Afrique – Des financements innovants pour la transformation de l’Afrique -Financement de la lutte contre les changements climatiques : Implications pour la transformation de l’Afrique, 19 septembre 2014.
  • Septième Forum pour le développement de l’Afrique-Agir face aux changements climatiques pour promouvoir un développement durable en Afrique-10-15 octobre 2010
  • Sabine Amoa Ndzengue, Changements climatiques : leur impact sur la protection de la biodiversité en Afrique centrale : Cas du Cameroun, l’harmattan, Décembre 2020.