ALERTE GÉNÉRALE: POLLUTION IMMINENTE DE L’OCÉAN PACIFIQUE PAR L’EAU CONTAMINÉE DE FUKUSHIMA. UNE PRATIQUE COURANTE DANS L’INDUSTRIE NUCLÉAIRE : « LE REJET D’EAU RETRAITÉE DANS LA NATURE »


Une fois obtenu l’aval de l’Autorité de régulation du nucléaire (ARN), gendarme de l’atome nippon, le gouvernement japonais va procéder au rejet dans l’océan Pacifique de l’eau contaminée pendant une trentaine d’années.

Cette eau est issue du refroidissement des réacteurs de la centrale nucléaire Fukushima Dai-ichi, qui ont subi une fusion des cœurs au moment du séisme et du tsunami du 11 mars 2011.

La limite des capacités de stockage dans l’enceinte de la centrale devrait être atteinte à l’automne 2022. Le 18 mars 2021, 1,25 million de tonnes d’eau dormaient dans plus de 1 000 réservoirs. La quantité augmente de 141 tonnes par jour[1].

En termes de volume d’eau, le site de La Hague rejette à lui seul près de 600 000 mètres cubes d’eau par an, l’équivalent de la moitié du stock d’eau de Fukushima, qui devrait lui être déversé sur une période de 30 ans[2].

I – Quel est le rôle de l’Autorité de régulation du nucléaire (ARN) ?

La Commission de réglementation de l’énergie nucléaire (原子力規制委員会, Genshiryoku kisei iinkai), parfois traduite par « Autorité de régulation nucléaire » ou « NRA » (Nuclear Regulation Authority) selon la dénomination officielle en anglais est l’autorité de sureté nucléaire du Japon.

Il s’agit d’une agence externe placée sous la tutelle du ministère japonais de l’environnement.

La mission fondamentale de la NRA est de : protéger le public et l’environnement grâce à une réglementation rigoureuse et fiable des activités nucléaires en appliquant les principes suivants (leçons tirées de l’accident nucléaire de Fukushima) :

  • Prise de décision indépendante des pressions extérieures ;
  • Efficacité des actions ;
  • Organisation ouverte et transparente ;
  • Engagement et amélioration continue ;
  • Réponse rapide aux situations d’urgence[3].

II – D’ où vient cette eau qui sera rejetée dans l’océan pacifique ?

“Près de 170 mètres cubes d’eau sont quotidiennement injectés dans les réacteurs de la centrale”.

L’objectif ? Refroidir le corium, c’est-à-dire la matière fondue issue de la fusion du cœur du réacteur, toujours dangereuse dix ans après l’accident[4].

L’accident nucléaire de Fukushima est ce qu’on appelle au Japon un Genpatsu-Shinsai, un accident combinant les effets d’un accident nucléaire et d’un séisme. Le tsunami consécutif au séisme a mis hors service le système de refroidissement principal de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, entrainant la fusion des cœurs des réacteurs 1, 2 et 3 ainsi que la surchauffe de la piscine de désactivation du réacteur [5].

III-Que contient cette eau ? Quels sont les risques pour la biodiversité marine ? pour la biodiversité terrestre ?

1-Initialement :

80 % de l’eau stockée reste chargée de soixante-deux nucléides, dont du strontium-90 et du césium-137, à des niveaux supérieurs aux normes environnementales.

Le strontium-90 est avec le césium-137 un des principaux produits de la fission nucléaire.

La durée de vie du strontium-90 est longue à l’échelle humaine. Sa période radioactive est de 28,79 années, voisine de celle du césium-137. Une première désintégration le transforme en Ytrium 91, qui lui-même se transforme en Zirconium-90 au bout de quelques dizaines d’heures[6].

Le césium 137 a une période radioactive de 30,2 ans. Cela signifie qu’au bout de ce laps de temps, la moitié du fragment de césium 137 s’est désintégré, soit en un élément stable, soit en un autre élément radioactif qui se désintègrera à son tour[7].

  Strontium-90 Césium-137


Caractéristiques chimiques
Le strontium est proche du calcium. Comme celui-ci, en cas d’absorption, il se fixe de préférence dans la masse osseuse.  
Proche chimiquement du potassium, il se retrouve notamment dans la litière des forêts à cause du feuillage.




Craintes pour la santé
Il n’émet que des rayons bêta qui ont un court parcours ce qui ajoute à sa nocivité en cas d’ingestion ou d’inhalation. Il est craint comme source de cancers des os et de leucémies si la moelle épinière est touchée.Absorbé par l’homme, le césium se répartit dans les muscles. Sa période biologique est de 100 jours, laps de temps au bout duquel il est éliminé de l’organisme. Cette élimination relativement rapide réduit sa nocivité. La communauté scientifique internationale s’accorde à dire que le césium se diffuse de manière homogène dans la masse musculaire. Cependant, selon certains chercheurs russes, le césium-137 pourrait avoir tendance à se concentrer dans le muscle cardiaque et y engendrer des pathologies cardiaques, comme des arythmies.



Risques pour les organismes aquatiques
Le strontium est généralement faiblement accumulé par les organismes aquatiques. En mer, il se fixera davantage sur les coquilles d’huîtres et de moules, les carapaces de crabes et crevettes, les arêtes et écailles que dans la chair des poissons.


Il peut se concentrer dans les champignons et le gibier de certaines forêts ou dans la chair de certains poissons fouillant un littoral contaminé.



Risques pour les organismes terrestres
Le strontium 90 n’émet pas de rayons gamma. Du fait de l’absence de ces rayons d’énergie bien caractéristique qui signeraient sa présence, celle-ci est difficile à détecter. Mais cette absence signifie aussi l’absence d’exposition externe. On peut fouler sans trop de risques un sol contaminé en strontium-90 …  Fixé par des minéraux et en particulier par les milieux argileux, il reste en surface du sol. Dans l’environnement, le césium est assez mobile. Après un accident, il se dépose au sol principalement sous l’effet de la pluie. Il est d’abord intercepté par le feuillage. Le césium déposé sur les feuilles et l’herbe broutée par les animaux peut alors passer dans la chaine alimentaire (lait, viande, salades). L’herbe broutée, les feuilles tombées, c’est par les racines que les plantes absorbent le césium la saison ou l’année suivante. Comme cette absorption par les racines est faible, la présence de césium-137 dans l’alimentation décroit beaucoup plus rapidement que la décroissance radioactive.
Caractéristiques du strontium-90 et du césium-137; les principaux produits de la fission nucléaire.

2-Après un second traitement de cette eau :

Seuls seront détectables dans cette eau : le cobalt 60 à 0,233 becquerels par litre (Bq/l, norme à 200 Bq/l), le carbone 14 à 15,6 Bq/l (norme à 2 000 Bq/l) et le tritium à 272 000 Bq/l (norme à 60 000 Bq/l)[8].

  • Quelles sont les caractéristiques des radionucléides à rejeter ?
 Cobalt 60Carbone 14Tritium




Forme chimique
Le corps simple cobalt a des propriétés physiques assez voisines de celles du fer et du nickelDans l’environnement, il existe sous deux formes principales : *à l’état de CO2, il se comporte comme le gaz carbonique stable, c’est-à-dire qu’il peut rester sous forme de gaz dans l’air, et se transforme en bicarbonate et carbonate dans l’eau ; *au cours de la photosynthèse, le CO2 est incorporé dans la matière organique dont il constitue le squelette carboné. Il y a donc rapidement équilibre entre l’activité spécifique du carbone atmosphérique et celle de la matière organique végétale en cours de fabrication. Dans les effluents gazeux des réacteurs à eau bouillante, le 14C est à 95 % sous forme de CO2, à 2,5 % sous forme de monoxyde de carbone CO et à 2,5 % sous forme d’hydrocarbure. Dans les effluents gazeux des réacteurs à eau pressurisée, 80 % du 14C se trouve sous forme organique (notamment de CH4) contre 20% sous forme de CO2.   Le tritium a les mêmes propriétés chimiques que l’hydrogène, dont il est l’isotope radioactif En pleine eau (douce ou marine), le tritium naturel ou artificiel semble essentiellement présent sous forme HTO (eau tritiée)




Durée de vie des radionucléides
Cet isotope radioactif a la demi-vie la plus longue de tous les radioisotopes du cobalt, de 5,2714 ans.Sa période radioactive, temps au bout duquel la moitié de ces atomes s’est désintégrée en azote 14, est de 5 730 ansLe tritium est généralement éliminé sous forme d’eau tritiée, avec une demi-vie de quelques jours pour la majeure partie à quelques dizaines ou centaines de jours pour les quelques pourcents restants.




Dangerosité  
Le cobalt métallique (en absence de carbure de tungstène) ainsi que les composés du cobalt (sulfate et dichlorure) sont classés peut-être cancérogènes pour l’homme (Groupe 2B du CIRC) depuis 1991 (révision en 2006) pour une exposition par inhalation. Les indications de leur cancérogénicité sont considérées comme suffisantes chez l’animal (cancer broncho-alvéolaire ou sarcomes) mais pas chez l’homme (cancer des voies pulmonaires notamment). L’exposition au cobalt à des concentrations retrouvées normalement dans l’environnement n’entraine pas d’effets toxiques.  


3 (modérée)



4 (faible)
 









Quels sont les effets en cas d’exposition ? En cas de contamination ?
En cas d’expositions à des niveaux élevés de Cobalt. Par voie respiratoire Chez des travailleurs exposés au cobalt via l’air, les principaux effets observés se rapportent au système respiratoire (irritation respiratoire, asthme, pneumonies voire des fibroses). Toutefois, la responsabilité exclusive du cobalt n’a pas été démontrée puisque les effets apparaissent chez des ouvriers de l’industrie des métaux durs (association fréquente avec le carbure de tungstène) ou l’industrie du polissage de diamants. Ces effets ont été confirmés chez l’animal. (INERIS, 2006). A très forte concentration, le cobalt stable et ses composés provoquent des intoxications graves (reins, systèmes nerveux, cardio-vasculaire et gastro-intestinal). Par voie orale Chez l’homme, comme chez l’animal, les quelques études disponibles montrent que l’exposition chronique au cobalt par voie orale se caractérise par des effets respiratoires (œdème…), cardiovasculaires (cardiomyopathie), gastro-intestinaux, hématologiques (polyrythmie…), musculosquelettiques, hépatiques, rénaux, oculaires (atrophie optique…), thyroïdiens et sur l’état général (INERIS, 2006).  En cas de contamination de la peau : décontamination par simple lavage avec des produits si possible adaptés à la forme chimique du radionucléide. En cas de contamination interne : recueil immédiat des urines et recueil pendant 24 heures et les jours suivants si nécessaire, selon le niveau présumé de la contamination. Une thérapeutique spécifique incluant notamment la dilution isotopique et la diurèse forcée peut être envisagée sous contrôle médical.  En raison de ses caractéristiques radiatives, il ne présente presque aucun risque en cas d’exposition externe, mais l’exposition au tritium « peut représenter un risque lorsque cette substance est ingérée avec l’eau potable ou les aliments, qu’elle est inhalée ou absorbée par la peau ». Il peut – essentiellement sous forme organiquement liée ou intégré dans l’ADN – provoquer des dommages à l’ADN.
Caractéristiques des radionucléides à rejeter dans l’océan pacifique

IV – Conclusion

Pratique courante dans l’industrie nucléaire, le rejet des eaux de Fukushima soumettra la biodiversité marine aux radionucléides cobalt 60 et tritium.

Les quantités très faibles de ces radionucléides peuvent-elles permettre de les considérer comme des menaces pour la biodiversité marine ? Pour la biodiversité terrestre ?

Seules les générations futures pourront donner une réponse exacte à ce sujet.

 Que leur léguerons-nous ?


[1]https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/04/13/le-japon-va-rejeter-dans-l-ocean-l-eau-contaminee-de-fukushima_6076540_3244.html

2-https://www.huffingtonpost.fr/entry/japon-fukushima-centrale-eaux_fr_60759493e4b043d6d4a3709e

3- https://fr.wikipedia.org/wiki/Commission_de_réglementation_de_l%27énergie_nucléaire

4-https://www.huffingtonpost.fr/entry/japon-fukushima-centrale-eaux_fr_60759493e4b043d6d4a3709e

5-https://fr.wikipedia.org/wiki/Accident_nucléaire_de_Fukushima

6-https://www.laradioactivite.com/site/pages/Strontium_90.htm

7-https://www.irsn.fr/FR/connaissances/Nucleaire_et_societe/education-radioprotection/bases_radioactivite/Pages/6-periode-radioactive.aspx#.YHkT49JR02w

8-https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/04/13/le-japon-va-rejeter-dans-l-ocean-l-eau-contaminee-de-fukushima_6076540_3244.htmlhttps://www.lemonde.fr/planete/article/2021/04/13/le-japon-va-rejeter-dans-l-ocean-l-eau-contaminee-de-fukushima_6076540_3244.html

Autres références:

-https://www.irsn.fr/FR/Larecherche/publications-documentation/fiches-radionucleides/Documents/sante/Co60SAN.pdf

– https://fr.wikipedia.org

SABINE NDZENGUE AMOA